Navigium Veneris
Volubilis, Maroc


Mosaïque du triclinium de la maison de Vénus, à Volubilis.

Au centre d'un tapis géométrique en U pour les banquettes des convives, orné d'un semis de fleurettes, se trouve ce tapis central, qui représente le Navigium Veneris, ou Navigation de Vénus. Le navire, au centre du tableau, est conduit par des amours qui manipulent les voiles. Trois Grâces (Charites) tiennent les rames, et l'une d'elles semble parler à Vénus. Un cortège de Néréides et de Tritons accompagne Vénus. La déesse est assise à la poupe sur un siège élevé, dominant la scène. Vue de trois quarts, elle regarde vers le spectateur. Son buste est nu, ses jambes sont drapées d'une étoffe bleue. De la main gauche, elle tient un voile largement déployé derrière sa tête et qui s'enroule autour de son bras droit. Près de sa main droite, se trouve un gouvernail qu'elle semble avoir lâché, comme pour indiquer que le navire est arrivé à bon port. Elle porte des bijoux, et, sur sa chevelure blonde, un diadème.

Six Néréides forment le cortège d'honneur. A gauche au premier plan, deux d'entre elles aident à la manoeuvre. Elles poussent le navire vers le quai. L'eau leur arrive jusqu'aux hanches. On distingue difficilement le bas de leur corps immergé. Leurs cheveux, assez longs, ruisellent sur leur dos et leurs épaules.
La première, sur la gauche, entièrement nue, a la tête tournée dans le sens de la marche. Ses cheveux sont noirs. Elle a les bras levés, et ses deux mains sont cachées : la gauche par la coque du navire, la droite par la tête de la seconde Néréide
Celle-ci, à droite de la première et, comme elle, entièrement nue, penche la tête vers sa compagne comme pour lui parler, lève les bras et cabre son dos comme pour fournir un gros effort afin d'aider le navire à accoster. Elle est blonde.
Ces deux Néréides portent des bracelets bleus. Près de la poupe, on distingue, à côté de la Néréide, un poisson qui se dirige vers le navire, et un autre qui nage vers le fond de la mer.
Au milieu du premier plan, la troisième Néréide est à califourchon sur un cheval marin, regarde les spectateurs. Elle est dans une position de vraie cavalière, mais elle lève vers le haut son genou droit. Sa tête brune est parée d'une couronne de feuilles vertes pointues et de fleurs. Des bracelets bleus et jaunes ornent ses poignets et son bras. Derrière elle, un voile rouge, gonflé par le vent, s'entoure sur son épaule gauche et sa cuisse droite. Autour de sa jambe droite est enroulé un drap aux plis soulignés de bleu qui ne laissa apparaître que le pied droit, la jambe gauche étant cachée par le corps de l'animal. Elle tient de la main droite posée sur le genou droit une corbeille pleine de fruits jaunes et oranges, feuillus, peut-être des pommes ou des oranges. Son bras gauche est tendu levé, vers le bateau (elle fait mine de le porter, mais sa main est devant une des rames des 3 Grâces). Le cheval tourne la tête dans la direction opposée à celle de sa marche. Devant lui, un amour tire sur les rênes de l'animal pour le faire avancer. Le corps et les pattes du cheval et les pieds de la Néréides sont immergés.
Devant elle, un peu plus éloignée du bateau, une quatrième Néréide est assise sur un tigre marin, dont l'arrière train à volutes est maladroitement dessiné sous l'eau. Vue de trois quarts dos, elle est en train de monter sur le tigre marin qui se dirige vers la droite. Sa tête de profil, dans le sens inverse de la marche, et un peu levée, regarde vers le bateau, en direction du cortège qui la suit. Sa jambe droite, dont le bas est détruit, est pliée vers l'avant, tandis que la gauche est tendue vers l'arrière. Son bras gauche est caché, mais on devine qu'il est dans la même position que son bras droit, tendu et appuyé sur le dos du monstre, pour se donner du ressort pour monter dessus. Elle est parée d'un collier bleu et jaune et de bracelets au bras et au poignet. Sa chevelure blonde, abondante, est retenue en chignon derrière la tête et sur la nuque. Elle est nue, à part un voile rouge et rose qui se gonfle derrière son dos, et retombe sur son buste.
La cinquième Néréide, à droite du tableau, et dont le corps est en grande partie perdu, se trouve devant le navire, mais n'est pas représentée dans la même direction.
Elle nage vers la gauche, et arrive auprès un cheval marin vu de face en caccourci. On voit sa queue vers l'arrière. La Néréide semble allongée dans l'eau. Sa tête est de profil, et sa chevelure brune, abondante, est attachée en rouleau sur la nuque, mais des mèches mouillées pendent sur ses épaules ; elle est nue sauf un voile jaune qui part de l'épaule droite, se gonfle derrière le dos et retombe derrière sa taille, à sa droite. Elle porte des bracelets aux deux bras, un ruban autour de la tête.
Derrière cette Néréide, on distingue une partie du buste et le bras droit d'un Triton.
Au troisième plan, au-dessus de Vénus mais dans le sens opposé, une sixi╦me Néréide sur Triton se distingue encore, bien qu'elle soit presque entièrement détruite.

Le corps des personnages est traité en dégradés de beige, ocre et marron clair, réalisant des effets d'ombre et de lumière. Le volume des seins et le nombril sont dessinés par un mouvement circulaire de tesselles, plus foncées, avec le centre beige clair. La surface de l'eau est représentée par des lignes horizontales et parallèles, parfois légèrement oblique.
A droite du tableau, on distingue des lignes perpendiculaires, servant peut-être à matérialiser l'eau par rapport à la Néréide située sur l'angle du haut.

Données techniques
Maison de Vénus. Triclinium dans l'axe du vestibule.
4,12 x 3,50 m
Densité des tesselles : 64 par dm2 pour les panneaux géométriques et la bordure du tapis figuré, 81 par dm2 pour le fond du tapis, 160 à 200 dm2 pour les personnages et 400 par dm2 pour certains détails de leur parure, comme la couronne de Vénus.
calcaire local blanc et jaune, parfois gris, schiste noir et bleu foncé. Terre cuite ocre jaune, rouge brique et rouge foncé, pâte de verre bleue et verte. Tons : blanc, beige, jaune, ocre, brique clair, brique foncé, rouge sang, marron (6 nuances), gris clair, gris foncé, noir, vert bouteille clair et foncé, vert turquoise, bleu nuit, bleu clair.
2e moitié du IIIe s. ?
Mosaïque dégagée en 1943 et déposée sur le sol du patio du Musée de la Kasbah de Tanger. Restaurations antiques et modernes. Certaines parties du pavement sont perdues.

Bibliographie
Z. AWAD-BELCADI, Les mosaïques de Volubilis, thèse de doctorat de 3e cycle, Paris I, p. 342 sqq, pl. CVII à CXV
Références dans mon catalogue : No. 63 (pl. L,LI)