Néréide, dauphin et monstres marins
Détail d'une mosaïque de Carthage, Tunisie


C'est une très grande mosaïque marine semi-circulaire, de plus de 15 m. de diamètre, trouvée à Carthage. La bordure est détruite. Au milieu d'une mer peuplée de poissons et de mollusques, nagent dix énormes dauphins évoluant dans les fonds sous-marins, symbolisés par une douzaine de grottes marines, ainsi que d'autres animaux fantastiques, une Néréide et des amours. De haut en bas et de gauche à droite, un cheval marin, assez endommagé et dont il ne reste que la partie inférieure du corps et de la tête, les oreilles et l'oeil. Un amour nu, cape au vent, le monte en amazone. L'amour tient les rênes de sa monture de la main droite et de la main gauche, il fait claquer en l'air son fouet. Un loup marin se dirige vers la gauche et furieux, il détourne brusquement la tête, gueule ouverte. Une grande écharpe fait un noeud derrière sa tête et passe entre ses deux pattes courtes et puissantes. Son oeil est exorbité. Dans sa gueule ouverte, deux filets denticulés blancs représentent ses dents entre lesquelles apparaît sa langue. Il semble surgir d'une grotte au dessus de laquelle s'élève sa queue. Un peu plus bas, sous ses pattes, une Néréide nage au-dessus d'un dauphin presque aussi grand qu'elle. La Néréide est nue et ne porte pour toute parure qu'un collier autour du cou, quatre bracelets aux deux bras et deux autres aux chevilles. Ils sont formés d'un filet blanc entouré de deux filets rouge foncé. Cette Néréide au corps gracieux, à la taille fine, aux hanches minces, aux jambes longues et fuselées, à la poitrine petite et haute, mais aux bras assez épais, tient de ses deux bras tendus une longue guirlande en forme de chenille à rouleaux rouge foncé, rose orangé et beige rosé et se terminant par un noeud rouge. Le visage ovale est assez beau, avec ses deux grands yeux noirs, dont le bord supérieur est cerné d'un mince trait noir, ses traits sont assez fins, ses cheveux blonds lui tombent sur le cou en légères ondulations jaunes, marron clair et marron foncé et sont surmontés d'un petit calot rose et bordeaux. L'arête du nez droit prolonge le trait marron du sourcil. Les chairs sont dans les tons de beige jaunâtre, rose clair, rose orangé, rose foncé et rose mauve. Un mince filet marron borde les jambes, aux doigts de pied fins et bien dessinés et qui sont blancs, roses et bordeaux, avec de longues tâches blanches. Cette gracieuse Néréide nage en position oblique au dessus et parallèlement à un gros dauphin.
Au dessous d'eux, un taureau marin, cornes dressées, semble émerger d'une grotte, les pattes antérieures relevées, les naseaux dilatés, la gueule entrouverte laissant apparaître deux rangées de dents ; sa longue queue en spirale se termine par un bouquet de sept pétales lancéolés de longueur inégale. Au-dessus de lui, un mérou se dirige vers la droite A l'extrémité droite du tableau, un magnifique cerf, dont la partie centrale du corps a disparu, s'avance vers la gauche, dressé sur ses pattes antérieures musclées, aux sabots bien soulignés, et émerge d'une grotte. Ses yeux sont dilatés et sa bouche entrouverte laisse apparaître sa langue. Parmi ces animaux fantastiques, de nombreux poissons, des crustacés et des coquillages, surtout des murex.
La mer est représentée par un fond vert bleu et les flots par des traits horizontaux formés d'un filet double ou triples.

Données techniques
densité : 80 - 140 par dm2
calcaire, marbre
Musée du Bardo

Bibliographie
W. BAIREM - BEN OSMAN, Catalogue des mosaïques de Carthage, thèse doctorale de IIIe cycle, Aix en Provence, 1980, n° 47 a, p. 125 sqq et pl. ; Mosaïques de Tunisie, Tunis, 1976, p. 159
Références dans mon catalogue : n° 96 (pl. LXXV)