Laure Olive - Humbel / Néréides


LES NEREIDES : MYTHOLOGIE

Les Néréides sont des déesses marines de la mythologie grecque, filles de Nérée.

A l'origine du monde, nous dit cette mythologie, se trouvent des divinités primordiales qui incarnent les entités constituant le monde, et les forces de la nature. La première de ces divinités est Gaia, la Terre, qui engendre d'abord Ouranos, le Ciel, puis (avec ou sans ce dernier), un certain nombre d'autres divinités terrestres, marines ou célestes. Nérée appartient à cette première génération divine. C'est un dieu marin, né de Pontos, le Flot marin, et qu'on appelle le "Vieillard", parce qu'il est véridique et bienveillant. Avec Doris, la fille d'Océan, Nérée engendra cinquante filles, les Néréides.

Un père "bienveillant", une mère qui "donne" (Doris veut dire "aux dons"), les Néréides ne pouvaient qu'être des déesses bienfaisantes. Secourables pour les marins, bien sûr, puisqu'elles habitent dans la mer, mais également bienfaisantes et généreuses pour tous les hommes. Et, qui plus est, les Néréides sont toujours et uniquement bienfaisantes (sauf envers Cassiopée, mais celle-ci l'avait bien cherché !).
C'est un comportement assez rare de la part des dieux grecs pour qu'elles aient rencontré un succès important dans l'Antiquité.
Aussi leurs représentations sont-elles nombreuses. Les mosaïques romaines, sur lesquelles elles abondent, en sont un exemple.

Les Néréides sont généralement représentées en cortège, accompagnant des divinités de la mer, en particulier Poséidon (Neptune). Elles sont souvent assises ou allongées sur des monstres marins, à avant-corps d'animal réel ou imaginaire, et à queue de poisson. Les cortèges marins sont fréquemment complétés par la présence de Tritons au côté des Néréides. Les Néréides sont des divinités collectives, agissant "en groupe", chacune représentant un des aspects de la mer, que l'on retrouve dans leurs noms. Mais quelques Néréides ont un mythe particulier, et je vais ci-dessous vous en présenter trois, Thétis, Amphitrite et Galatée.


Introduction
Thétis
Amphitrite
Galatée
Le Jugement des Néréides


THETIS


Cortège de Thétis
(détail du Jugement des Néréides)
Nea Paphos

Thétis est la plus célèbre des Néréides, célébrité due à son fils : c'est en effet la mère du grand héros grec Achille.

Thétis, comme toutes les Néréides, était extrêmement belle, et sa beauté la fit rechercher par les dieux, en particulier par Zeus et par Poséidon... jusqu'au jour où une prédiction révéla aux dieux que le fils qui naîtrait de Thétis serait plus puissant que son père. Thétis fut donc bien vite délaissée par les dieux. Et, comble de déshonneur, Zeus lui ordonna d'épouser un mortel, Pélée, roi de Thessalie. Pour échapper à ce prétendant qui ne lui convenait pas, Thétis se transforma en toutes sortes d'animaux, et même en feu et en eau. Mais Pélée, sur les conseils du centaure Chiron, réussit à la maintenir assez longtemps pour qu'elle reprenne sa forme première, et Thétis l'épousa.

Ils eurent plusieurs enfants, mais tous moururent quand Thétis, pour tenter de leur conférer l'immortalité, les plongea dans le feu. Finalement naquit Achille ; Thétis, cette fois-ci, ne plongea pas son nouveau-né dans le feu, mais dans le Styx, le fleuve qui menait aux Enfers. Achille fut donc invulnérable, sauf au talon, par lequel Thétis l'avait tenu et qui n'avait donc pas été plongé dans l'eau du fleuve infernal.

Après la naissance d'Achille, Thétis et Pélée se séparèrent. Achille fut confié au centaure Chiron pour son éducation. Lorsque la guerre de Troie éclata, Thétis, craignant pour son fils, le déguisa en fille et le cacha à Skyros, dans le gynécée du roi Lycomède. Mais Ulysse et Nestor l'y trouvèrent, et il partit avec eux pour Troie. Après de grands exploits (Achille est le plus grand héros de la guerre de Troie, et l'Iliade d'Homère a pour titre "La colère d'Achille"), Achille mourut devant Troie, blessé d'une flèche au talon.

Thétis est également connue pour avoir recueilli Dionysos, chassé de l'Olympe par la colère d'Héra.


Introduction
Thétis
Amphitrite
Galatée
Le Jugement des Néréides


AMPHITRITE


Triomphe de Neptune et d'Amphitrite, Constantine

Amphitrite est la reine de la mer, l'épouse du dieu Poséidon (Neptune pour les Latins). C'est en général à elle que l'on identifie les Néréides représentées en triomphe avec Neptune, comme à Constantine, ou en train de se diriger vers Neptune pour l'épouser, précédées d'Hymen portant la torche nuptiale, comme sur une mosaïque des Thermes de Neptune à Ostie, en Italie. (Dans la salle voisine, on trouve une mosaïque représentant Neptune).

On raconte en effet que Neptune préféra Amphitrite à toutes ses soeurs, et qu'il voulut l'enlever sur l'île de Naxos. Amphitrite s'enfuit, mais, faite prisonnière par Atlas, elle fut sauvée par un dauphin, et consentit alors à épouser Neptune.

Cependant, on pense aujourd'hui que le personnage représenté souvent sur les mosaïques avec Neptune ne serait pas pas Amphitrite, mais Amymoné... qui n'est même pas une Néréide ! (voir J.-P. DARMON, "A propos d'un pavement inédit, quelques réflexions sur les représentations de Poséidon avec Amymoné dans la mosaïque romaine", in Bulletin des Antiquités Françaises, 1975, pp.125-131).


Introduction
Thétis
Amphitrite
Galatée
Le Jugement des Néréides


GALATEE


Galatée et Polyphème, Cordoue

La belle Galatée, "à la peau blanche comme le lait", séjournait près de la côte ionienne de Sicile, où elle vivait une belle histoire d'amour avec le berger Acis.

Mais non loin de là vivait aussi le cyclope Polyphème. De son unique oeil au milieu du front, il avait aperçu la belle Galatée et en était tombé éperdument amoureux. Il ne cessait de lui chanter son amour, accompagné d'une lyre, tandis qu'elle passait au large, dédaigneuse, portée par un dauphin ou un monstre marin, telle qu'on peut la voir par exemple sur une mosaïque de Cordoue, en Espagne.

Or un jour, Polyphème le cyclope trouva Acis et Galatée tendrement enlacés et endormis sous un arbre. Son coeur en fut brisé, et dans sa fureur, il brisa la tête du berger avec un rocher, tandis que Galatée s'enfuyait vers la mer.

(Polyphème est un grand amateur du lancer de pierres : un peu plus tard, quand Ulysse l'aura aveuglé et essayera de s'échapper, Polyphème tentera de noyer son bateau en jetant de gros rochers sur lui ; on peut toujours voir ces "rochers de Polyphème" en Sicile, le long de la côte, au nord de Catane).

En ce qui concerne Acis, Ovide, dans ses Métamorphoses, nous raconte qu'inconsolable, Galatée transforma le sang qui coulait du corps de son amant en un fleuve ; les eaux du fleuve se jetant dans la mer, Acis viendrait ainsi, pour toujours et à tout moment, rejoindre son amante.

Ce fleuve, au pied de l'Etna, porte aujourd'hui le nom de Jaci. En souvenir du beau berger, les villes voisines prirent aussi son nom : c'est ainsi que l'on trouve en Sicile Aci Trezza, Aci Reale, etc...


Introduction
Thétis
Amphitrite
Galatée
Le Jugement des Néréides


LE JUGEMENT DES NEREIDES


Cortège de Thétis
(détail du Jugement des Néréides)
Nea Paphos

Cassiopée, reine d'Ethiopie, prétendit un jour qu'elle était plus belle que les Néréides ! Outragées, ces dernières se plaignirent à Poséidon, qui envoya un monstre marin ravager le pays de Cassiopée. Un oracle apprit à la reine que le seul moyen d'apaiser le monstre était de lui sacrifier sa fille Andromède. On attacha la princesse à un rocher ; heureusement survint Persée qui la délivra et, bien sûr, l'épousa.
Cette épisode est montre que les Néréides symbolisent, entre autres, la beauté.

Trois mosaïques romaines du IVe siècle ap. J.-C. représentent l'épisode du défi lancé par Cassiopée aux Néréides, et plus précisément le concours de beauté qui oppose la reine aux déesses, devant les dieux assemblés en jury, dénommé le Jugement des Néréides. Or, contrairement au récit mythologique, ces mosaïques montrent toutes la victoire de Cassiopée. Ces trois mosaïques ont été trouvées dans la même partie de l'Empire romain (deux en Syrie, à Palmyre et à Apamée, l'autre à Chypre, à Nea Paphos), et il faut sans doute les interprèter comme une manifestation de la philosophie néoplatonicienne, qui accorde la victoire à la sagesse et à la maîtrise de soi contre l'agitation des flots, symbole de la matière (voir J. BALTY, Mosaïques de Syrie, p. 84-85 et J.Ch. BALTY, Colloque Apamée de Syrie, p.177 sqq)

Laure Olive, 1996 - mise à jour avril 2001